Les essences

Voici un survol des principales essences de bois que j’utilise. Ce sont, bien souvent, des arbres que nous connaissons sans vraiment les connaître et qui font partie de notre histoire et de quotidien.

Bonne découverte!


Bouleau jaune (ou merisier)

Très bien connu ici sous le nom de merisier, le bouleau jaune est l’arbre emblématique du Québec depuis le 17 novembre 1993. De fait, le Québec est l’un des endroits où I’on retrouve le plus de bouleaux jaunes au monde! Cette essence se situe principalement dans la zone de la forêt méridionale sise au sud de la province. Aussi dur que celui du chêne blanc mais moins que celui de l’érable à sucre, son bois à grain serré est fort, résistant et lourd.  

Dès premiers temps de la colonie, le merisier a été présent dans le quotidien des Québécois. Au XVIIIe siècle, on le préférait souvent au chêne pour construire les parties immergées des navires. Trop lourd pour flotter, il a échappé à l’industrie des pâtes et papier. De nos jours, on s’en sert en parqueterie et pour faire des meubles de qualité, des boiseries, du contre-plaqué, du placage, des traverses de chemin de fer et des cercueils. Cet arbre très aromatique contient de l’essence de wintergreen, ou salicylate de méthyle. On obtient un excellent thé parfumé par l’infusion de ses feuilles ou de ses rameaux.


Cerisier

L’aire de répartition naturelle de cette espèce en Amérique du Nord est le sud du Québec, l’Ontario, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick au Canada, jusqu’au Texas et en Floride aux États-Unis. On le trouve également au Mexique et au Guatemala. Au Québec, cette essence est présente dans le centre-sud de la province; son aire de répartition naturelle suit quelque peu la rivière Des Outaouais, ainsi que le fleuve St-Laurent, jusqu’à Québec.

L’écorce du cerisier tardif était utilisée par les Premières Nations pour traiter la toux et faire des tonics et des sédatifs. Le bois de cerisier est d’un brun rosé clair lorsqu’il est fraîchement coupé, devenant brun rougeâtre moyen avec le temps et lorsqu’il est exposé à la lumière. Son fil est généralement droit. Il présente une texture fine et uniforme avec un lustre naturel modéré. Son bois est lourd, dur, fort et brun rougeâtre.


Chêne blanc

Le chêne blanc, aussi appelé chêne blanc d’Amérique, est un arbre rustique du sud du Québec et de l’Ontario. Il est recherché pour sa qualité et dureté de bois hors normes, notamment pour la fabrication de tonneaux de vin et de whiskey. Dans les forêts de l’hémisphère nord, le chêne est le plus grand des arbres. D’ailleurs, il est considéré comme majestueux et symbolise la puissance, la robustesse et la durabilité. Son bois lourd et dur est résistant et a un grain serré.  

Au temps de la Nouvelle-France, le roi se réservait le bois des chênes sur les terres concédées aux colons. Ce bois était abondamment utilisé dans la construction de vaisseaux pour la marine. À la fin du XVIIe siècle, pour construire un vaisseau de 60 m de long portant 74 canons, il faut abattre environ 2500 chênes centenaires. Les plus grands trois-ponts en exigent jusqu’à 4000. De 1689 à 1693, la France lance encore 17 vaisseaux par an – l’équivalent de 40 000 à 50 000 chênes abattus chaque année !


Érable

Il existe plus de 100 différentes espèces d’érable dans le monde, dont 10 sont indigènes au Canada. Au Québec et en Ontario, les plus courants sont l’érable à sucre et l’érable blanc.  

Fil peu ondulé, grains fins et homogènes, l’érable est un bois très dur et d’un blanc doré.

Dans les communautés autochtones, l’érable et ses dérivés ont été utilisés de différentes façons. Par exemple, les Iroquoiens se tournent vers le cambium (couche située immédiatement sous l’écorce) et le transforment en farine pour se faire des réserves de nourriture. Les Micmacs, eux, préparaient plutôt des infusions avec de l’écorce d’érable. Alors que les Abénaquis utilisaient l’eau d’érable pour faire cuire leurs haricots. Leur recette serait d’ailleurs à l’origine des fameuses fèves au lard américaines et canadiennes.


Érable piqué

L’érable piqué, un bois des plus rares,  n’est pas une espèce distincte d’érable à proprement dit. Il acquiert ce nom dû aux motifs que l’on retrouve à l’occasion dans le bois des érables à sucre (Acer saccharum). En effet, l’érable piqué possède un motif distinctif de petites mouchetures dont la forme peut faire penser à des yeux d’oiseaux (d’où le nom anglais birdseye maple).

Il s’agit d’un phénomène qui survient chez certains arbres de façon encore inexpliquée. Une chose semble établie : l’érable piqué ne l’est pas à cause d’un insecte. Il y a plusieurs hypothèses telles que : hormones, stress environnementaux ou encore pression quelconque sur une partie de l’arbre.

L’érable piqué est de l’érable avec une croissance irrégulière ce qui veut dire qu’il s’agit d’un bois dur, lourd et très robuste. Il est également très résistant à l’abrasion, à l’usure, mais plus difficile à usiner que l’érable.

Comme l’érable traditionnel, on peut l’utiliser pour des instruments de musique, le tournage, comme placage ou tout autre projet d’ébénisterie. 


Frêne

Le frêne est un bois de couleur blanche, avec des reflets nacrés et parfois un peu rosés. Il est également plus brun au niveau du cœur, mais une fois abattu, il s’assombrit immédiatement. C’est un matériau très élastique, assez dur et résistant

Presque tous les peuples autochtones du Canada, hormis ceux des côtes du Pacifique et de l’Arctique, utilisaient les raquettes pour voyager en hiver. Habituellement, l’armature était faite en bois de frêne, bois le plus adapté en matière d’élasticité et de dureté, et les lacets du treillis en peau de chevreuil, de caribou ou d’orignal.

Aujourd’hui largement utilisé dans la fabrication de manches d’outils divers, de bâton de hockey et de baseball, l’avenir du frêne comme bois ayant une valeur commerciale est menacé en raison de l’agrile du frêne, un insecte venu d’Asie qui peut détruire les peuplements forestiers de frêne en quelques années seulement.  


Noyer

Même s’il pousse spontanément dans le sud du Québec et de l’Ontario, le noyer noir n’y est pas indigène; il est même assez loin de l’être…! Effectivement, l’aire de répartition naturelle de ce dernier évite presque complètement la Nouvelle-Angleterre, bien qu’on y trouve quelques occurrences dans le Vermont, le Massachusetts et le Connecticut. L’état de New York accueille les premières «vraies» populations de noyers noirs.

De nombreux peuples autochtones auraient participé à l’émancipation de l’espèce en Amérique du Nord en plantant des arbres autour de leurs villages. La production massive de noix l’automne venu aurait notamment motivé les Amérindiens à agir ainsi.

Ce bois ne présente à peu près pas de défauts : il est assez lourd et dur – bien qu’il le soit moins que l’érable à sucre ou le chêne en général – fort et très résistant à la pourriture. Il ne gauchit pas beaucoup lors du séchage. Son grain est moyen, ce qui signifie que les pores du bois sont quelque peu apparents, et son fil est droit.